Ham'âme (hammam), rituel de purification

Ham'âme (hammam), rituel de purification

J’ai grandi au Domaine de la Roseraie à Ouirgane entourée de plantes aromatiques, romarin, thym, sauge... Je me souviens encore de Fatna, qui au moindre de nos bobos avait le remède parfait, puisé dans la mémoire de savoirs ancestraux. Inspirée par mes souvenirs d'enfance, la magie de cette vallée du Haut Atlas, j’ai voulu rendre hommage à ces femmes berbères qui ont marqués mon enfance et transmettre leur savoir.

J’adore évoquer avec mon père les histoires d’antan, il a cette façon unique de nous raconter ses souvenirs. Voilà que l’autre soir nous parlions de son enfance, et le croirez vous, voici ce qu’il me conta les yeux pleins de malice : « Kan ya makane »… Un jour, ma grand-mère lui donna rendez-vous au hammam du quartier, mais il avait déjà 10 ans, et les garçons ne pouvaient plus rentrer au hammam avec les femmes ! Comme ma grand-mère considérait qu’il n’était « propre » que si c’était elle qui le lavait et relavait en frottant énergiquement, elle lui intima de porter une djellaba avec un « ltam », ce voile traditionnel qui masquait délicatement le visage des femmes. Elle l’accueillit au hammam en le prenant des ses bras et clamant fort « Ma chérie te voilà » ! C’est ainsi que mon père se glissa dans la pénombre du hammam des femmes et assista ce jour là au bain rituel d’une mariée… Les femmes entouraient la mariée de leur youyou, on versait sur elle des seaux et des seaux d’eau… On enduisait son corps d’une argile aux milles senteurs de plantes…

?Fatna quelle est cette argile ? Ah ma fille, tout d’abord sache que le hammam est une cérémonie où chaque geste, chaque produit utilisé est emprunt d’une symbolique. Il ne s’agit pas du simple fait de se laver, au hammam on purifie son corps, mais aussi son âme. Cette eau que l’on verse sur notre corps emmène avec elle nos soucis, nos peines… La chaleur nous délasse, on se ressource. Après cette purification, on va gommer la peau puis il faut la nourrir. On l’enduit alors d’une argile appelée « ghassoul », qui tient son nom du verbe « ghassala » en arabe, qui signifie « laver ».

?Mais je ne comprends pas, cette argile nourrit la peau et la lave aussi ? Oui cette argile a plusieurs propriétés : elle est tout d’abord saponifère, c’est à dire nettoyante.  Elle contient par ailleurs des minéraux hydrophiles qui capturent et éliminent les impuretés. Grâce à ses propriétés absorbantes il va purifier la peau, resserrer ses pores et la rendre douce. Le ghassoul est un soin complet du corps, on l’utilise aussi sur les cheveux ou en soin visage. C’est le secret de beauté le plus jalousement gardé par les femmes depuis des générations. Il se transmet de mère en fille.

Le hammam …tout un rituel. Chacun le sien. Certains y restent des heures, on en ressort lessivés mais sereins, reposés. C’est aussi un lieu de rencontre où l’on retrouve ses ami(e)s, où l’on échange sur la vie, ses joies et ses tracas. Où éclats de rire se mêlent au bruit de l’eau qui se déverse. C’est un lieu de beauté où les femmes prennent soin de leur corps.

Dans le temps aller au hammam était une véritable cérémonie nécessitant une minutieuse préparation. Tout d’abord, il fallait l’indispensable kit du hammam composé du seau en cuivre dans lequel on mettait le savon noir, « el kiss »  le gant pour le gommage, la « mechta » alias notre brosse nationale en plastique crée en 1956 par Mr Tazi, qui a remplacé le peigne en corne oh combien douloureux pour démêler les cheveux, et le précieux ghassoul. Chaque femme le préparait à la maison selon la recette familiale pour l’enrichir, car ce ghassoul avant de remplir son rôle de produit lavant, devait être lui même lavé, « m’siek » !

L’argile brute extraite contient des impuretés et se présente en gros blocs de terre. Sa préparation à la maison, véritable rituel,  consistait à mouiller  l’argile avec une décoction de plantes aromatiques, choisies précieusement pour leurs vertus purifiantes, adoucissantes, parfumantes ou encore relaxantes, afin d’obtenir une boue liquide. Après l’avoir malaxé à la main, passé au tamis pour éliminer les impuretés, le ghassoul est étalé sur des tôles propres pour le faire sécher. Cette opération était répétée plusieurs fois afin d’obtenir le plus pur et naturel des produits.

Le ghassoul de Fatna : achetez au souk du ghassoul, vous en trouverez dans des sachets en papier vert qui est déjà lavé mais naturel. Prenez chez l’herboriste des roses de Damas séchées aux vertus apaisantes, du myrte qui sera purifiant, de la lavande relaxante, du jasmin pour parfumer, du Thuya de Barbarie réputé contre le mauvais œil.  Pour 1 paquet de 500g de ghassoul, prendre une casserole moyenne d’eau froide à laquelle vous rajouterez 4 bonnes poignées de plantes aromatiques. Portez à ébullition et arrêtez le feu. Laisser infuser 10 minutes puis filtrer. Dans un plat creux disperser le ghassoul, verser l’eau progressivement pour laisser gonfler l’argile puis bien malaxer. Il faut obtenir une pâte homogène sans « grumeaux » que l’on va étaler sur une plaque en métal à l’abri de la poussière et laisser sécher au soleil. Quand il sera bien sec, cassez le ghassoul en morceaux. Il est prêt à être utilisé.

L’instant beauté de Fatna : au hammam mélangez 2 cuillères à soupe de ghassoul dans un récipient, versez de l’eau tiède jusqu’à l’obtention d’une pate légère et onctueuse. Appliquez sur tout le corps et attendez 5 à 10 minutes en vous relaxant puis rincez avec de l’eau chaude.  Le ghassoul peut aussi être utilisé en masque pour les cheveux gras.

L’astuce beauté de Fatna : pour mélanger votre ghassoul utilisez une eau distillée comme l’eau de rose, car l’eau du robinet est calcaire et aura tendance à assécher votre peau.

Kenza Fenjiro
Directrice du spa « La Roseraie Spa Retreat »

Article paru dans NAFS Magazine – Décembre / Janvier 2018
www.nafs.ma

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